La pêcheresse emmurée

Au Moyen Age, l’une des châtelaines aurait  « fauté » avec son confesseur. Fou de rage, l’époux la fit emmurer à l’intérieur du château.Château - Tour nord-est, dite de la châtelaine emmurée

Son fantôme – celui d’une dame blanche – hanterait les ruines certaines nuits. Est-elle à la recherche du chapelain bien-aimé ? Ou bénéficie-t-elle de la possibilité de revenir sur terre, en réparation d’une condamnation injuste, car certains affirment qu’elle ne fut jamais prise en flagrant délit d’adultère ?*

 

Guillaume de Chabrol, Aux bords de la Morge, par un riverain, Riom : Chez Jouvet, 1912
La fenêtre est grillée et l’abîme immense
Qui plonge, abrupt et sombre, au pied de la prison.
La Sioule aux flots verts, au fond, glisse en silence ;
La bise, sur le roc, fouette avec violence
Les touffes grises du gazon.

Dans l’énorme épaisseur de l’étroite embrasure,
Quêtant du soleil pâle un avare rayon,
De ses doigts amaigris ramenant sa fourrure
Sur son corps décharné, la frêle créature
Tremblait de son dernier frisson.

Seul, le regard restait de sa beauté touchante,
Un regard suppliant qui souriait encore,
Asile inviolable où l’âme de l’amante
S’était réfugiée, énergique et vibrante
Dans les yeux bleus mouchetés d’or.

Devant elle, debout froid comme son armure,
Une main de l’épée écrasant le pommeau
L’autre voilant les yeux et couvrant sa figure,
Le comte se dressait de sa haute stature,
Appuyé contre le trumeau.

« Vous le verrez encor : à votre âme coupable
« C’est à lui qu’appartient d’apporter le pardon.
« Mon honneur outragé justement vous accable.
« Le Dieu que Madeleine a trouvé secourable,
« Du repentir vous fasse don ! »

Et, sans baisser les yeux sur cet être en détresse,
Au sanglot étouffé demeurant froid et sourd,
Craignant peut-être qu’un reste de tendresse
A son rôle de juge inspirât la faiblesse,
Il sortit d’un pas lent et lourd.

Le jeune prêtre entra, portant le viatique :
Tout ce qu’au cœur humain peut graver la douleur,
Tout ce que de l’amour peut chanter le cantique
Tout l’effroi du regret dans une âme ascétique
De son front marbrait la pâleur.

Les deux infortunés, noyés dans leur prière,
Devant la blanche hostie étaient là sans un mot :
Ce que fut leur torture en l’angoisse dernière
De la voûte insondée est reste le mystère :
On avait muré le cachot !

Dans les écroulements de l’altière ruine,
Aux parements rongés de la plus vieille tour,
Une fenêtre encor sur le ravin domine ;
Dans les moellons disjoints le lierre s’enracine ;
Les oiseaux volent tout autour.

Seuls vous plaignez encor cette extrême misère,
Oiseaux, êtres d’amour, êtres de pureté !
Vous qui par vos nids seuls touchez à notre terre
Dans chaque amant qui meurt vous saluez un frère
Vers vous dans l’azur emporté !

Et la grande Nature, en sa douceur austère,
De tout ce qui pécha, consolant le remords,
Endort le désespoir entre ses bras de mère,
Mettant comme un linceul sur la dépouille chère :
Le lierre aux murs, la paix aux morts.

*, Yves Devaux, Histoire de Château-Rocher et ses environs, Paris : Rempart / Saint-Rémy-de-Blot, Association Château-Rocher, 1980, p.61-62.

Le Château Hanté ?

Château-Rocher semble avoir été considéré, il y a dejà longtemps, comme un lieu infernal.

Autrefois, de vieilles gens racontaient que, certaines nuits, le diable accompagnés de boucs, de sorciers et de damnés venait hanter le plateau. Des vents d’une violence terrible s’élevaient alors ; ils n’empêchaient pas les hôtes infernaux d’allumer un grand feu parmi les ruines ; et les flammes – visibles à des kilomètres à la ronde – s’élevaient, droites et interminables, énormes et rouge jusqu’à se perdre dans les nuages. Autour, on voyait des ombres danser une ronde horrible ou s’abandonner à des jeux obscènes.
Certains paysans, qui s’étaient approchés de trop près, devinrent aveugles. À l’aube, tout disparaissait. L’endroit, de nouveau, était désert.

Yves Devaux, Histoire de Château-Rocher et ses environs, Paris : Rempart / Saint-Rémy-de-Blot, Association Château-Rocher, 1980, p.70.

 

David Ryckaert (III), La ronde des farfadets, h.t, Clermont-Ferrand, Musée Roger Quilliot
David Ryckaert (III), La ronde des farfadets, h.t, Clermont-Ferrand, Musée Roger Quilliot