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Château Rocher – Castellum Rupium

LES ORIGINES

La légende

Château - Vue depuis la partie dite RenaissanceCastellum Rupium est loin de nous avoir délivré tous ses secrets. Le château est rattaché au bourg voisin de Blot-le-Rocher dont les origines demeurent mystérieuses. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’abbé Rougeyron évoquait l’existence de Château Rocher dès le VIIe siècle puisqu’un certain « Blotius » aurait restauré le « Castellum Blotii » dont l’existence reste à prouver. Aujourd’hui la présence de Château-Rocher dès le Haut Moyen-Âge est fortement remise en question. Le récit de l’abbé Rougeron s’inspire en grande partie d’une légende locale :

La belle Aurélia, sœur de Ménélé, abbé de Menat au VIIe siècle, était destinée à une vie dans les ordres contre sa volonté. Elle croisa dans les couloirs de l’évêché à Clermont, Fabien, un jeune noble empli de fougue, qui tomba sous ses charmes en l’apercevant. Celle-ci repoussa ses avances à plusieurs reprises, mais Fabien fort de caractère enleva son aimée pour se réfugier à Château Rocher. Prise au piège et tourmentée d’avoir fauté, Aurélia tenta de s’échapper, aidée du moine Théodule (faux mendiant déguisé), mais sans succès. Ménélée leva une armée de cinq cents hommes pour reconquérir Château Rocher mais ne trouva point sa fille, emmenée dans un château voisin. Fabien demanda la main d’Aurélia qui lui refusa. Dans un accès de rage, il sortit son épée, prêt à commettre l’irréparable lorsque Ménélée entra dans la pièce et l’en empêcha.

  Si la présence de Château-Rocher appartient plus à la légende qu’à l’histoire, il est tout à fait concevable d’envisager un pouvoir centralisé dans cette partie de la vallée de la Sioule à cette époque.

Le premier château

Aujourd’hui tout porte à croire que la construction de Château-Rocher revient au seigneur de Bourbon Archambaud le Fort aux environs de 1078 – 1095. Ce dernier l’aurait élevé au rang fief puis cédé en apanage à l’un de ses fils Pierre de Blot. Cette première construction, aujourd’hui englobée dans la partie nord du château, avait l’aspect d’une tour aux angles arrondis, mesurant neuf mètres de long pour six mètres cinquante de large, agrémentée d’une cheminée à foyer central et de deux ouvertures en meurtrières (pièce 4). La hauteur reste indéfinie mais comportait au moins deux niveaux. Cette tour était prolongée à l’Est par un corps de bâti donnant à l’édifice une forme de « L ». Etant donné les nombreuses phases de constructions ajoutées aux restaurations plus récentes, il est difficile d’imaginer l’aspect exact du château de Pierre de Blot. De plus, la datation de la cheminée reste problématique puisque tout porte à croire qu’elle daterait plutôt de la fin du XIIe siècle, soit un siècle après le début de la construction. Il est également possible qu’une construction du XIe siècle ait été totalement absorbée dans une enveloppe plus tardive.

Château-Rocher, quelque fut sa forme, occupait alors un emplacement hautement stratégique. En effet, du haut de son éperon rocheux, il surveillait la Sioule mais surtout le pont de Menat, point de passage sur l’axe Clermont – Bourges. Les seigneurs de Blot avait alors installé un péage afin d’en contrôler le passage. Dans la vallée, les abbés de Menat en firent de même. Ainsi, lorsque l’on voulait traverser la Sioule, il fallait payer deux droits de passage. Plusieurs décennies furent marquées par une constante rivalité entre l’abbé et le châtelain, dans l’unique but d’affirmer la supériorité de l’un vis-à-vis de l’autre. Ils se livrèrent à une compétition aux allures macabres n’hésitant pas à exposer les cadavres gisants ou à faire déplacer leurs pendus. Le lieu-dit « Malmouche » est une réminiscence de cette époque : il évoque l’odeur et la présence des mouches sur les cadavres.

plan historique

Armes des Chauvigny de Blot

Armes des Chauvigny de Blot

Les Chauvigny de Blot

Le fief de Pierre de Blot entra dans la puissante famille des Chauvigny avec le mariage de Catherine de Bourbon, dernière héritière de Blot, avec Guillemin de Chauvigny durant la première moitié du XIVe siècle. Exceptionnellement Catherine a été autorisée à conserver son nom de jeune fille, ce qui engendra la création d’une nouvelle famille « les Chauvigny de Blot ». La famille arbore alors de nouvelles armoiries : Écartelé : aux 1 et 4 de sable au lion d’or ; aux 2 et 3 d’or à trois bandes de gueules.
 
 

Deuxième phase de construction

La deuxième phase importante de construction de Château-Rocher, qui correspond à la partie nord de l’édifice, est encore plus difficile à dater. Les recherches les plus récentes la place entre les XIIIe et XVe siècles. Le château fut considérablement agrandi : l’actuelle cuisine (pièce 5) et la salle de gardes voûtée (pièce 2) sont greffées à la première bâtisse. Le tout est flanqué de quatre tours circulaires. Il y a là, la volonté de rendre le château plus défensif voire imprenable. Deux hypothèses doivent être prises en compte pour tenter de comprendre une telle volonté.

La première voudrait que, vers 1210 – 1212, à la demande de Philippe Auguste (1165-1223), et sous les ordres de Guy II de Dampierre (connétable de Champagne, seigneur de Dampierre, de Bourbon et de Montluçon), soit mené une campagne de travaux afin de faire de Château-Rocher une place forte dans la reconquête de l’Auvergne. En effet, Guy II comte d’Auvergne, s’était rallié au roi d’Angleterre, avait dévasté l’abbaye royale de Mozac et fait prisonnier son frère, le comte de Clermont. Philippe Auguste pour le soumettre organisa une expédition punitive, il déploya une grande armée et le déposséda de la majorité ses biens. En prenant Château-Rocher, le roi montrait ainsi l’étendue de son pouvoir, une sorte d’avertissement pour les éventuels dissidents.  Les tours centrale et celle du nord-est (A et B), percées d’archères et reliées par des murs de courtines, rappellent les fortifications dites philipiennes qui se développèrent à partir de 1190.

L’autre hypothèse propose une datation entre le milieu du XIVe et le début du XVe siècle. En effet, en 1357, au cœur de la Guerre de Cent Ans (1337 – 1453), Edouard III d’Angleterre envoya l’un de ses mercenaires, Bertucat d’Albret, pour reconquérir quelques terres d’Auvergne. En 1365, Bertucat s’empara de Château-Rocher. Il aurait pour cela emprunté la porte dite du meunier à l’extrême nord du château sans attirer l’attention des gardes. En plus de déposséder les Chauvigny-de-Blot de leur château, il trouva les terriers (titres de propriétés) faisant de lui l’officiel propriétaire du château. La même année, Jean II de Chauvigny-de-Blot, vassal du duc de Bourbon, reçu l’aide de Jean de Berry, troisième fils de Jean Le Bon et lieutenant pour lui en pays de langue d’oc, et réussit à récupérer ses biens. Ce serait alors à la suite de cet épisode malheureux que Jean II de Chauvigny-de-Blot décida de fortifier son château. L’intérieur des tours précédemment citées rappellent des modes de constructions employés au début du XVe siècle.

Poterne Nord dite "Porte du Meunier"

Poterne Nord dite « Porte du Meunier »

Il est très difficile de trancher en faveur d’une explication, l’état de nos connaissances ainsi que la présence d’éléments contradictoires brouillent notre perception du site.

Derniers aménagements 

Par la suite, Château-Rocher connu de nouveaux aménagements avec la construction d’un couloir voûté à l’ouest du site à l’aplomb de l’à-pic qui a certainement suivi de près la seconde phase de travaux (pièce 6). L’une des dernières transformations est l’aménagement de la cage d’escalier permettant de relier la salle voûtée du rez-de-chaussée à l’étage. La datation de cette dernière est très délicate, des tessons de poterie tendraient à proposer une réalisation moderne du XVIIIe ou XIXe siècle.

Le grand corps-de-logis au sud (pièce 7) n’a pas été assez étudié pour pouvoir le dater avec exactitude, il pourrait tout aussi bien appartenir à la seconde phase de construction du XIVe siècle comme être plus tardif.

Salaberry, Voyage au Mont-Dore, 1802 (c) Gallica, BnF.

Salaberry, Voyage au Mont-Dore, 1802 (c) Gallica, BnF.

Un abandon progressif

Les tensions s’étant apaisées, Château-Rocher perdit de l’intérêt aux yeux de ses propriétaires. Au XVIe siècle, Pierre Chauvigny-de-Blot lança la construction d’un château à Blot-l’Église, souhaitant une demeure confortable. Certains meubles et ornements furent déplacés, transformant progressivement la forteresse défensive en une coquille vide qui se dégrada un peu plus chaque jour. A la mort de Gilbert Chauvigny-de-Blot en 1785, son neveu, François Charles de Champs-de-Blot hérita de tous ses biens.

L'arrêté classant les ruines de Blot-le-Rocher au titre des Monuments Historiques

L’arrêté classant les ruines de Blot-le-Rocher au titre des Monuments Historiques

Au début du XIXe siècle, le comte de Salaberry relate l’un de ses voyages au Mont-d’Or et donne une description poétique de Château-Rocher. Mais son constat est sans appel, les meubles sont rongés par l’usure et la rouille, la toiture est si abîmée qu’il s’attend, avec ironie, à récolter des mousserons entre les lames de plancher à la suite d’une averse. Après le passage de Salaberry, l’état du château continua de se dégrader, il fut en parti désossé pour remployer ses pierres. La dernière propriétaire du château, Marie Adélaïde Delpoux-de-Nafines, comtesse de Champs, attristée à l’idée de voir disparaître une partie de l’histoire de sa famille mobilisa ses dernières forces pour alerter et sensibiliser sur l’état du château. En 1913, elle obtint gain de cause : les ruines de Château-Rocher sont classées au titre des Monuments Historiques.

 

 

Quelques références bibliographiques :

BAUBET M., « Château-Rocher », Les Amitiés riomoises et auvergnates, no 14, 1964 CLERAMBAULT E.G, Les ruines de Blot le Rocher (Puy de Dôme), Riom, U. Juvet, 1893. DESCHAMPS P., « Blot-le-rocher », Congrès Archéologique de France, Paris, 1939. DEVAUX Y., Histoire de Château-Rocher et de ses environs, Paris, Rempart / Saint-Rémy-de-Blot, Association Château-Rocher,1981. DUPUIS M., « Saint-Rémy-de-Blot (Puy-de-Dôme) : nouvelles observations sur l’évolution architecturale de la forteresse de Château Rocher (xiiie-xxe siècle) »Revue archéologique du Centre de la France [En ligne], Tome 49 | 2010, mis en ligne le 31 décembre 2010 PHALIP B., Auvergne et Bourbonnais gothique : le cadre civil, Paris, Picard, 2003. ROUGEYRON A., Histoire et légende de l’abbaye de Menat, Clermont-Ferrand, Ducros-Paris, 1870. VIPLE J., « Blot le Rocher et les Chauvigny de Blot », Bulletin de la société d’émulation du bourbonnais, n°38, 1935.

Nous tenons à remercier M. Guillaume de Chauvigny pour son aide.