Nicolas SAVY : La prise du château de Blot par Bertrucat d’Albret en novembre 1364

La prise du château de Blot par Bertrucat d’Albret en novembre 1364.

par Nicolas SAVY


Château-Rocher (2)

Bien devant le siège et la bataille rangée, le coup de main fut le mode d’action le plus employé durant la guerre de Cent Ans pour s’emparer d’une place convoitée. Celui qui fut mené contre le château de Blot par Bertrucat d’Albret au mois de novembre 1364 fut particulièrement réussi et constitue un exemple parfait de mise en œuvre de ce mode d’action.

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Arrestation de Charles le Mauvais, XVème siècle

Après la bataille de Cocherel, les capitaines routiers Séguin de Badefols et Bertrucat d’Albret, au service du roi de Navarre Charles le Mauvais, étaient descendus opérer en Aubrac, Gévaudan et Rouergue pour faciliter l’avancée de l’armée de Louis, frère de Charles le Mauvais ; celle-ci était partie de Pampelune et devait traverser le royaume de France pour rejoindre les forces navarraises qui combattaient en Normandie. Ces opérations avaient duré une partie de l’été 1364 et, au début du mois de septembre, alors que les troupes de Louis de Navarre quittaient les hautes terres pour s’engager en direction du val de Loire, Bertrucat d’Albret et Séguin de Badefols remontèrent vers la Limagne dans le but d’y fixer un maximum de forces françaises.

Une fois arrivés dans le pays, ils procédèrent suivant leurs manières habituelles, c’est-à-dire en pillant les campagnes et en rançonnant toutes les personnes qu’ils pouvaient capturer. Ce faisant, ils préparèrent aussi la prise de plusieurs localités afin non seulement d’y prendre du butin mais aussi de s’en faire des bases d’opération : au début du mois d’octobre, Bertrucat d’Albret s’empara ainsi de Beaumont, près de Clermont puis, peu après, de Marsat, non loin de Riom, tandis que Séguin de Badefols se rendit maître de Pont-du-Château. Incapables de les repousser, les municipalités de la région furent contraintes, à l’exemple de Montferrand, de conclure avec eux des traités de patis afin de permettre aux activités économiques de se poursuivre à minima. Ces traités engageaient les deux capitaines à épargner certaines zones en échange de paiements.

Les deux bourgs que tenait Bertrucat d’Albret étaient très près des importantes villes de Clermont et de Monteferrand, tandis que les châteaux aux mains des Français étaient particulièrement nombreux dans les alentours, aussi jugea-t-il prudent de trouver une autre base d’opération présentant plus de garanties de sécurité. Il arrêta son choix sur le château de Blot-le-Rocher : à 35 kilomètres environ au nord-ouest de Clermont, il bénéficiait d’une excellente position défensive, construit sur un éperon rocheux de plusieurs dizaines de mètres de hauteur, et était doté de belles fortifications.

De Sioule vanaf Château-Rocher, Frankrijk 2008

La première condition de réussite d’un coup de main consistait à se renseigner correctement sur l’objectif de manière à connaître l’effectif de sa garnison, les horaires et les emplacements de sa garde ainsi que la configuration des lieux de façon à mener l’action au point et à l’heure les plus opportuns. Il déclencha ces recherches d’informations vers la fin du mois de novembre, envoyant notamment l’un de ses hommes, nommé Bertrand de Modayne, espionner au plus près la puissante forteresse. Une fois en possession des éléments nécessaires, il décida qu’il aborderait le château en passant par l’endroit où les guetteurs se méfieraient le moins, c’est-à-dire en escaladant les rochers escarpés et la falaise qui, côté est, bordaient l’enceinte du château qui, en cet endroit, était renforcée par une tour surplombant l’ensemble ; il fit aussi le choix de procéder à l’aube, juste avant la relève de la garde, moment où les veilleurs nocturnes fatigués attendaient d’aller se coucher tandis que les guetteurs de jour, moins nombreux, n’étaient pas encore à pied d’œuvre et que le reste des habitants dormaient encore.

La seconde condition pour réussir un coup de main consistait à maintenir l’opération secrète jusqu’au moment de l’attaque afin de bénéficier d’un effet de surprise complet. La chose était loin d’être aisée, car les autorités françaises de la région entretenaient un performant réseau d’espionnage et de renseignement : la préparation d’une action s’étalant sur plusieurs jours et les routiers étant quotidiennement au contact d’autochtones, que ce soit dans les lieux qu’ils occupaient ou ailleurs, le risque d’indiscrétion était particulièrement élevé. Bertrucat d’Albret sut tenir ses hommes et rien ne filtra jusqu’au soir prévu pour le lancement de l’opération. Il lui restait cependant encore à amener les 25 hommes qu’il avait choisi pour mener l’assaut jusqu’en haut des murailles de Blot sans éveiller la méfiance des défenseurs. Partant de Beaumont ou de Marsat, il s’enfonça avec eux dans la nuit et progressa durant plusieurs heures avec la plus grande discrétion jusqu’à arriver au pied de la falaise supportant le château. Au moment convenu, alors que l’aube commençait à poindre, ils entamèrent l’escalade de la falaise qui les mena au pied de l’enceinte puis, ce point atteint, ils grimpèrent le long de la muraille pour en atteindre le sommet. Les détails documentaires manquent pour savoir de quelle façon ils procédèrent exactement pour non seulement parvenir à monter la falaise, mais aussi à atteindre le chemin de ronde sans faire le moindre bruit. Il est connu que des cordes, des échelles de cordes ainsi que des grappins étaient couramment utilisés : on peut en déduire que ceux qui s’en servaient en avaient une certaine maîtrise, tout comme il devait avoir une excellente condition physique.

La troisième condition consistait à disposer d’un rapport de force très favorable au moment où l’action était déclenché. La garnison de Blot ne devait pas excéder une cinquantaine de personnes et l’on peut estimer qu’une dizaine d’entre elles au maximum montaient le guet et l’arrière-guet au moment de l’assaut. Arrivés en haut des murailles, Bertrucat et ses hommes purent, en conjuguant l’effet de surprise avec leur surnombre, les neutraliser brutalement avant de se répandre dans le château pour y surprendre les autres occupants au saut du lit. L’affaire ne dura sans doute que quelques minutes.

 

La prise de la puissante forteresse de Blot fut ainsi le résultat d’un coup de main correctement préparé et mené d’une main de maître par Bertrucat d’Albret avec un groupe d’hommes rompus aux techniques d’assaut. A travers cet exemple, on comprend mieux pourquoi les compagnies de routiers, malgré leurs effectifs souvent limités, réussirent durant la guerre de Cent Ans à s’emparer d’importantes places fortes dans toute l’Auvergne et au-delà.

 

L’association tient à remercie M. Savy pour cet excellent article. M. Savy a écrit un livre intitulé Bertrucat d’Albret, grand capitaine de compagnies de gens d’armes (1335-1383) et qui paraîtra cette année.

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