Les aventures d’Aurélia et Fabien, d’après l’abbé Rougeyron – Seconde partie

Yves Devaux, dans son ouvrage Château-Rocher et ses environs, (Rempart, 1980 p.17-22), nous résume la fabuleuse histoire d’Aurélia et Fabien racontée par l’Abbé Rougeyron.

Pour comprendre le texte qui suit, il faut avoir lu la  première partie !

 

Château - #8

 

 

 

Cloitre de l'abbaye de Menat - (c) Creative Commons
Cloitre de l’abbaye de Menat – (c) Creative Commons

Le jeune homme lui demanda de l’épouser, « lui promettant (…) qu’elle trouverait en lui l’époux le prévenant, le plus assidu, le plus aimant qu’il y eût sur la terre. A toutes ces demandes (…), Aurélia (…) répondait par ce mot accablant : « Jamais ! jamais ! »

Fabien, dans un accès de rage, sortit son épée. A l’instant où il allait commettre l’irréparable, la porte s’ouvrit brutalement  : Ménélé et ses amis venaient libérer Aurélia. On pourrait croire l’histoire terminée… Il n’en est rien.
« Le comte d’Auvergne, après avoir pris congé de (…) Ménélé revient à Clermont, résolu d’y faire instruire le procès de Fabien (…). Mais la famille du jeune homme (…) fit tant de démarches, auprès du roi Dagobert, (…) que le comte d’Auvergne reçut l’ordre de suspendre ses poursuites et de relâcher l’inculpé. »

Aurélia entra au couvent. Elle « fit en peu de temps des progrès si rapides dans la perfection de son nouvel état que, après la prononciation de ses vœux, elle pouvait être proposée pour modèle à toutes les religieuses de sa communauté ».
L’abbé Rougeyron explique, avec enthousiasme, qu’elle fut fidèle « à son vœux de chasteté. Oh ! qu’elle est brillante, qu’elle est sublime la vertu de chasteté ! Elle nous élève au rang des esprits célestes et nous rapproche de la divinité ; par elle l’homme fait de son corps et de son âme une hostie vivante, une hostie sainte… ». Laissons-le à ses affirmations, et avançons plus en avant dans les aventures d’Aurélia.

 

 

 

Gaston Phébus, Livre de la chasse, Chasseur et chien flairant les foulées d'un cerf, avant 1476,  cliché IRHT ; droits collectivité, CNRS et MCC
Gaston Phébus, Livre de la chasse, Chasseur et chien flairant les foulées d’un cerf, avant 1476, cliché IRHT ; droits collectivité, CNRS et MCC

Fabien était revenu à son château de Blot (…) et il faisait réparer les dégâts causés par le court siège qu’il avait soutenu. Souvent il s’informait du sort d’Aurélia, dont il ne pouvait effacer de son cœur le souvenir. Depuis que la noble demoiselle avait fait profession, il nourrissait contre elle le plus vif ressentiment (…). Il forma le détestable projet de l’enlever une autre fois, ou d’assouvir sa vengeance en la tuant de sa propre main si elle opposait une résistance. »

Un jour qu’Aurélia venait à Menat pour assister aux vêpres, Fabien survint et la poursuivit, « transporté de jalousie, d’amour, de haine et de fureur ». Le rapt échoua, plusieurs personnes venant au secours de la religieuse. Fabien contre le moine Théodule, n’était guère doué pour la réussite de ses entreprises ! Il alla, « après une si honteuse expédition, cacher son déshonneur et exhaler sa rage dans la tours et les galeries de son château fort ».

Cette tentative d’enlèvement ébranla la santé d’Aurélia. Elle tomba malade et , après quelque temps, rendit le dernier soupir. Fabien fut déchiré par le remords. Il chercha à oublier en se livrant, comme un forcené, à sa passion de la chasse. Un jour, il fut blessé par un énorme sanglier. On le ramena, presque mourant, à Château Rocher.

« Sentant sa fin approcher, le malade supplia son (…) confesseur de ne point l’abandonner (…) ; et puis, pour montrer au monde combien était grand son regret d’avoir persécuté Aurélia et affligé sa famille, il voulu qu’on l’étendit sur un peu e paille mêlée de cendres au milieu de l’appartement qu’avait occupé sa prisonnière. Là, perdant par ses blessures qu’on n’avait pas pu fermer le peu de sang qui lui restait encore, il rendit l’esprit… ».

 

 

 

Pour ceux et celles qui voudraient profiter de la plume aux accents lyriques de l’abbé Rougeyron, l’intégralité de la légende se trouve ici à partir de la page 65.

Les aventures d’Aurélia et Fabien, d’après l’abbé Rougeyron – Première partie

Saint Ménélé
Saint Ménélée, église abbatiale de Menat. (c) Creative Commons

Yves Devaux, dans son ouvrage Château-Rocher et ses environs, (Rempart, 1980 p.17-22), nous résume la fabuleuse histoire d’Aurélia et Fabien racontée par l’Abbé Rougeyron.

Des regards qui se croisent dans les couloirs de l’évêché de Clermont, une histoire d’amour est sur le point de naître. Mais comme dans toute bonne tragédie, cet amour est impossible … à moins d’enlever sa promise !  Château Rocher se retrouve une nouvelle fois au coeur de la légende.

Pour ceux et celles qui voudraient profiter de la plume aux accents lyriques de l’abbé Rougeyron, l’intégralité de la légende se trouve ici à partir de la page 65.

Aurélia, bien que pourvue de grandes qualités, inquiétait, Ménélé. Le saint, ayant « reçu de Dieu, à un degré éminent, le don du discernement des esprits, eut bientôt connu les qualités et les défauts de sa jeune sœur. il comprenait que, s’il pouvait vers le bien cette nature riche mais ardente, elle irait loin dans les voies de la perfection (…). Mais il prévoyait que, si elle se jetait dans l’amour et la recherche des créatures, elle ferait de tristes écarts… »

La crainte de Ménélé se réalisa. L’abbé Rougeyron nous dit pompeusement : « Le cœur d’Aurélia avait cessé d’être libre ; elle l’avait inconsidérément engagé dans une voie funeste. »

Le jeune homme se nommait Fabien. Il faisait partie d’une des « familles les plus considérables et les plus considérées de Clermont « . L’abbé, comme dans un roman populaire, le représenté « doué d’une taille avantageuse, d’un tempérament robuste, d’un caractère généreux et hardi et faisant l’orgueil de son père et de sa mère ». Malheureusement, ceux-ci l’avaient élevé avec « une molle négligence »…

Dans les salons de l’évêché, Fabien commença de ressentir les premières atteintes de ‘amour ! Étrange imagination de l’abbé Rougeyron..

Sadoc enlève Chelinde pour l'amour de Pelyas
Roman de Tristan en prose, Evrard d’Espinques (15e siècle) Sadoc enlève Chelinde pour l’amour de Pelyas. Photo (C) RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly) / René-Gabriel Ojéda

Encouragé par Aurélia, le jeune homme procède à son enlèvement. Il l’emmène à Château-Rocher, car « on ne pouvait choisir une position plus inexpugnable ».

Là, Rougeyron se lance dans une description du site : « Au milieu de régions (…) tourmentées de mille manière coule la Sioule, jolie rivière, dont les eaux claires et rapides nourrissent les poissons les plus exquis, font tourner une infinité de moulins et arrosent des près étroits (..). Une suite (…) de vallons aboutit à cette vallée principale de la Sioule et lui apporte le tribut des ruisseaux (…) qui les parcourent. Entre ces vallons prolongé et profonds se trouvent taillés, tantôt à pic et tantôt en pente extrêmement rapide, des contreforts ou masses de rochers soutenant des plateaux couverts de bois ou de champs cultivés. Ils se terminent brusquement, à plus d’une centaine de mètres au-dessus du niveau de la rivière. »

Poterne Nord dite "Porte du Meunier"
Poterne Nord dite « Porte du Meunier »

« C’était sur l’une de ces arêtes escarpées que s’élevais, comme un nid d’aigle, le château de Fabien. »

Dans la région ce fut la consternation ; les religieuses « maudirent l’insolent séducteur ; elles prièrent surtout pour la conservation de l’innocence d’Aurélia » !

Une députation fut envoyée à Château-Rocher. Elle n’obtint « que des injures et même des menaces de mort ».

Ménélé et sa mère étaient surtout inquiets à l’idée qu’Aurélia « pouvait être l’objet des violences brutales de son séducteur ». Voulant être éclairés sur ce point capital, ils envoyèrent chez Fabien un religieux déguisé en mendiant.

Jouant son rôle, le moine parvint à pénétrer dans le castel, demandant l’hospitalité pour la nuit. Il réussit à échanger quelques mots avec Aurélia ; celle-ci se rendait compte d’avoir « commis une faute énorme contre la décence et la piété ». La jeune fille exprima au moine son repentir. Celui-ci, qui se nommait Théodule, la consola et décida d’aider à son évasion.

« Chaque matin, vers quatre heures, le portier se levait et quittait sa loge pour aller prendre dans l’appartement de son maître les clefs du château, que Fabien gardait pendant la nuit (…). Il ouvrait ensuite la grande porte, auprès de laquelle se plaçaient deux sentinelles qu’on relevait tour à tour durant la journée. Ces deux hommes, armés jusqu’aux dents, avaient ordre d’aider le portier à pousser les lourds battants, au moindre cri d’alarme de celui qui faisait le guet au sommet de la grande tour.

« Il fallait renoncer à toute tentative de fuite de ce côté-là ; mais heureusement, il existait au nord-ouest une petite porte donnant sur la Sioule et vers laquelle aboutissait un sentier tortueux, taillé à coups de pic et de ciseau sur le flanc escarpé de la montagne. Cette ouverture restait presque toujours fermée : on ne l’ouvrait que pour faire entrer ou sortir le meunier dont le moulin était au bas, sur le bord de l’eau.

« C’est par là qu’Aurélia, aidée de Théodule, tenterait de s’enfuir. Au matin, le moine quitta Château-Rocher, non sans avoir remercié ses habitants pour leur hospitalité. Il alla attendre au bord de la Sioule, à l’arrivée du chemin du meunier, près d’une barque. Aurélia, que l’on ne surveillait guère, devait s’emparer de la clef de la petite porte et re joindre Théodule. Malheureusement, le bateau se trouvait retenu par nœud que le brave moine -qui ne péchait pas par une excessive finesse d’esprit – ne parvint pas à défaire à temps !

Gustave Doré (d'après), Illustration de Don Quichotte, planche n°13, (c) Creative Commons
Gustave Doré (d’après), Illustration de Don Quichotte, planche n°13, (c) Creative Commons

Un sentier tortueux aboutissant au rivage de la Sioule : c’est par là qu’Aurélia tenterait de s’enfuir

Aurélia fut reprise, Théodule parvint à s’enfuir. Ménélé et ses amis furent « d’avis que c’était le moment d’employer la force pour arracher à Fabien sa victime, avant qu’il eût le temps d’attenter (…) à son innocence ». On en revenait toujours à cette question !…

Ménélé et ses alliés – parmi lesquels le comte d’Auvergne – « disposaient d’une force d’environ cinq cents soldats assez bien armés (…). Fabien ne pouvait leur opposer qu’une centaine d’hommes peu aguerris ».

La forteresse fut attaquée : les assaillants gravirent la montagne malgré les pierres que l’on faisait rouler sur eux ; on appliqua des échelles contre la muraille ; Château-Rocher tomba aux mains des amis de Ménélé. Mais, depuis plusieurs heures, Fabien avait ordonné de conduire Aurélia jusqu’au château d’un de ses amis, Théobald…

Le ravisseur parvint à quitter Château-Rocher en utilisant la porte du meunier, que les assaillants n’avaient pas remarquée, « cachée qu’elle était par des broussailles qu’on lassait croître à dessein dans les environs ».

Théobald possédait, de l’autre côté de la Sioule, un manoir composé de deux corps de bâtiment, nommé pour cette raison château des Deux-Forts. Il se trouvait à « une demi-heure au nord-ouest de Menat ».

« Le roc sur lequel était bâti Deux-Forts avait moins d’escarpement et surtout moins d’élévation que celui du château de Blot ; mais le site en était peut-être plus sauvage. »

Aurélia se désespérait. Personne, jamais, ne pourrait découvrir sa « nouvelle prise au milieu de cette épaisse forêt recouvrant au loin toutes les pentes et toutes les hauteurs. »

Fabien se présenta devant sa captive. L’amour du jeune homme augmentait à la vu d’Aurélia, « chez qui la tristesse et les larmes, comprimées par un noble courage et une héroïque patience, relevaient encore l’éclatante beauté ».

Le jeune homme lui demanda de l’épouser, « lui promettant (…) qu’elle trouverait en lui l’époux le prévenant, le plus assidu, le plus aimant qu’il y eût sur la terre. A toutes ces demandes (…), Aurélia (…) répondait par ce mot accablant : « Jamais ! jamais ! »

Fabien, dans un accès de rage, sortit son épée. A l’instant où il allait commettre l’irréparable, la porte s’ouvrit brutalement : Ménélé et ses amis venaient de libérer Aurélia.

On pourrait croire l’histoire terminée… Il n’en est rien

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Aurélia est-elle réellement sauvée ?

Quel avenir pour Fabien ?

Pourquoi Dagobert ? 

La suite au prochain épisode !

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La pêcheresse emmurée

Au Moyen Age, l’une des châtelaines aurait  « fauté » avec son confesseur. Fou de rage, l’époux la fit emmurer à l’intérieur du château.Château - Tour nord-est, dite de la châtelaine emmurée

Son fantôme – celui d’une dame blanche – hanterait les ruines certaines nuits. Est-elle à la recherche du chapelain bien-aimé ? Ou bénéficie-t-elle de la possibilité de revenir sur terre, en réparation d’une condamnation injuste, car certains affirment qu’elle ne fut jamais prise en flagrant délit d’adultère ?*

 

Guillaume de Chabrol, Aux bords de la Morge, par un riverain, Riom : Chez Jouvet, 1912
La fenêtre est grillée et l’abîme immense
Qui plonge, abrupt et sombre, au pied de la prison.
La Sioule aux flots verts, au fond, glisse en silence ;
La bise, sur le roc, fouette avec violence
Les touffes grises du gazon.

Dans l’énorme épaisseur de l’étroite embrasure,
Quêtant du soleil pâle un avare rayon,
De ses doigts amaigris ramenant sa fourrure
Sur son corps décharné, la frêle créature
Tremblait de son dernier frisson.

Seul, le regard restait de sa beauté touchante,
Un regard suppliant qui souriait encore,
Asile inviolable où l’âme de l’amante
S’était réfugiée, énergique et vibrante
Dans les yeux bleus mouchetés d’or.

Devant elle, debout froid comme son armure,
Une main de l’épée écrasant le pommeau
L’autre voilant les yeux et couvrant sa figure,
Le comte se dressait de sa haute stature,
Appuyé contre le trumeau.

« Vous le verrez encor : à votre âme coupable
« C’est à lui qu’appartient d’apporter le pardon.
« Mon honneur outragé justement vous accable.
« Le Dieu que Madeleine a trouvé secourable,
« Du repentir vous fasse don ! »

Et, sans baisser les yeux sur cet être en détresse,
Au sanglot étouffé demeurant froid et sourd,
Craignant peut-être qu’un reste de tendresse
A son rôle de juge inspirât la faiblesse,
Il sortit d’un pas lent et lourd.

Le jeune prêtre entra, portant le viatique :
Tout ce qu’au cœur humain peut graver la douleur,
Tout ce que de l’amour peut chanter le cantique
Tout l’effroi du regret dans une âme ascétique
De son front marbrait la pâleur.

Les deux infortunés, noyés dans leur prière,
Devant la blanche hostie étaient là sans un mot :
Ce que fut leur torture en l’angoisse dernière
De la voûte insondée est reste le mystère :
On avait muré le cachot !

Dans les écroulements de l’altière ruine,
Aux parements rongés de la plus vieille tour,
Une fenêtre encor sur le ravin domine ;
Dans les moellons disjoints le lierre s’enracine ;
Les oiseaux volent tout autour.

Seuls vous plaignez encor cette extrême misère,
Oiseaux, êtres d’amour, êtres de pureté !
Vous qui par vos nids seuls touchez à notre terre
Dans chaque amant qui meurt vous saluez un frère
Vers vous dans l’azur emporté !

Et la grande Nature, en sa douceur austère,
De tout ce qui pécha, consolant le remords,
Endort le désespoir entre ses bras de mère,
Mettant comme un linceul sur la dépouille chère :
Le lierre aux murs, la paix aux morts.

*, Yves Devaux, Histoire de Château-Rocher et ses environs, Paris : Rempart / Saint-Rémy-de-Blot, Association Château-Rocher, 1980, p.61-62.

Les Cloches d’or

Les seigneurs de Blot étaient devenus riches et orgueilleux. Pour leur chapelle ils voulurent des cloches d’or ! Qu’importe, il faudrait fondre la vaisselle précieuse, les riches plats aux arabesques compliquées, les chandeliers massifs, les pièces de monnaie à l’effigie du roi de France et de la reine d’Espagne.
Le comte avait une fille, Aline. Il fut décidé que le jour de ses seize ans serait celui de la coulée du métal. Alors qu’on allait fondre les cloches, la jeune fille courut vers son père et lui demanda :
– Père, père, voulez-vous me permettre d’assister à la fusion de l’or. Jamais ne vis tant belle chose, jamais ne pourrai la revoir.
Le compte accepta. Sa fille descendit jusqu’aux douves : là, se ferait la fonte.

En sueur, les ouvriers s’affairaient, alimentant le feu, préparant les rigoles. Fascinée, Aline se pencha vers l’or en fusion. Son visage avait une expression étrange ; il respirait un contentement infini ; illuminée par l’incandescence, sa peau prenait la teinte du métal précieux. Le soir tombait. La lumière du dansait sur les visages. Oh, mon Dieu, quelle atmosphère fantastique… Les assistants semblaient paralysés ; un silence pensant les enveloppa soudain : les craquements du formidable brasier, l’envoûtant murmure du métal en fusion étaient devenus inaudibles…
On vit le comte s’approcher d’Aline, tendre la main… La jeune fille bascula… On ne retrouva point son corps. A jamais, il était mêlé à l’or !

Le geste du comte de Blot resta environné de mystère. Avait-il voulu retenir maladroitement sa fille ? L’avait-il poussée ? La haïssait-il ? L’aimait-il trop pour la vouloir transformer en ce merveilleux carillon qui, des siècles durant, lança d’extraordinaires sonorités sur la campagne ? Des voyageurs venaient de pays lointains pour entendre cette musique. À la fin de l’Angélus, une note plaintive qui vous remuait jusqu’à l’âme résonnait longtemps, longtemps, bien après que l’écho du bourdon se fût éteint…

A la Révolution, quand les nobles durent émigrer, les habitants de Château-Rocher enfouirent le carillon merveilleux. Comme ils ne revinrent pas, les cloches d’or sont toujours sous terre…

Yves Devaux, Histoire de Château-Rocher et ses environs, Paris : Rempart / Saint-Rémy-de-Blot, Association Château-Rocher, 1980, p.65.

Le Château Hanté ?

Château-Rocher semble avoir été considéré, il y a dejà longtemps, comme un lieu infernal.

Autrefois, de vieilles gens racontaient que, certaines nuits, le diable accompagnés de boucs, de sorciers et de damnés venait hanter le plateau. Des vents d’une violence terrible s’élevaient alors ; ils n’empêchaient pas les hôtes infernaux d’allumer un grand feu parmi les ruines ; et les flammes – visibles à des kilomètres à la ronde – s’élevaient, droites et interminables, énormes et rouge jusqu’à se perdre dans les nuages. Autour, on voyait des ombres danser une ronde horrible ou s’abandonner à des jeux obscènes.
Certains paysans, qui s’étaient approchés de trop près, devinrent aveugles. À l’aube, tout disparaissait. L’endroit, de nouveau, était désert.

Yves Devaux, Histoire de Château-Rocher et ses environs, Paris : Rempart / Saint-Rémy-de-Blot, Association Château-Rocher, 1980, p.70.

 

David Ryckaert (III), La ronde des farfadets, h.t, Clermont-Ferrand, Musée Roger Quilliot
David Ryckaert (III), La ronde des farfadets, h.t, Clermont-Ferrand, Musée Roger Quilliot